Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Publié le par Inès
Publié dans : #Inèstardust

Je ne sais pas si cet article sera une chronique ou une lettre d'amour. Six mois après le décès de David Robert Jones, dit David Bowie, j'ai envie de vous parler de l'une de ses créations les plus importantes : The rise and fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. C'est son cinquième album, sorti en 1972.

Il est difficile de dire si c'est ou non son meilleur album. L'œuvre de Bowie est tellement vaste que comparer ses albums revient parfois à comparer plusieurs artistes, plusieurs univers. En 25 ans de carrière et à travers 28 albums, David Bowie a tout exploré. Il a tout appris et tout réinventé. Ses inventions vont au-delà de la musique, ce sont des images, des personnages créés, une philosophie transmise. Lorsqu'il nous a quittés le 10 janvier 2016, les hommages étaient nombreux à le désigner comme celui qui avait aidé à comprendre que l'on pouvait être qui on veut, ce que l'on veut. Il a été cent personnes, et en a aidé des millions.

S'il n'est peut-être pas son meilleur album, Ziggy Stardust est celui qui fit de Bowie la légende qu'il est et doit continuer d'être, pour le bien de tous ceux qui se sentiront seul un jour. C'est en quelque sorte l'album où Bowie surpasse ses influences et en devient lui-même un maître, et même une divinité.

C'est un album conceptuel de 45 minutes pour 11 morceaux. Le titre raconte déjà une histoire "L’ascension et la chute de Ziggy Stardust et des araignées de Mars". Tout est annoncé, on sait que Ziggy va mourir et emporter son groupe avec lui. Les Spiders from Mars sont Mick Ronson (guitariste mythique), Trevor Bolder (bassiste) et Woody Woodmansey (batteur). Ils accompagnent Ziggy dans son voyage interplanétaire censé durer cinq ans si l'on en croit le premier morceau : Five years. C'est un morceau qui raconte le début de la fin du monde dans une poésie extraordinaire. Puisqu'il y a un message dans chaque chanson de Bowie, celle-ci semble expliquer que quand rien ne va, quand tout s'écroule, il reste l'amour. L'amour ici a un sens large car il est question de solidarité avec tous les gens "I never thought I'd need so many people". Le personnage croyant s’en sortir seul réalise l’importance des êtres qui l’entourent. Il a besoin du bonheur des autres puisqu’il se rassure après avoir appris la fin du monde, en rencontrant une personne qui ne connaît pas la nouvelle, qui "sourit, siffle, a l'air heureuse, ne sait pas qu'elle était dans cette chanson". C'est une première entrée dans le joyeux chaos de Ziggy Stardust. Cette philosophie de l'amour et de l'appartenance au monde se retrouve dans Lady Stardust, plus centré sur l'individu, sa singularité et le bonheur possible dans la singularité. Lady Stardust n'est pas une femme, ce n'est pas un homme non-plus. Lady Stardust est regardé(e) bizarrement, mais aimé(e) aussi. Surtout Lady Stardust est heureux(se) car Lady Stardust chante. Par ce morceau, comme à travers tout le personnage de Ziggy Stardust, Bowie est un libérateur. Il revendique le droit de se créer soi-même, de s'aimer tel qu'on est au fond de soi.

Quand il n’est pas un message d’amour et d’espoir, l’album est le récit d’une épopée et la description d’un personnage venu d’ailleurs. Il est décrit précisément dans Starman et Ziggy Stardust. Ces deux morceaux décrivent un extraterrestre androgyne, un sauveur discret, magnifique et érotique. C’est une âme extraordinaire qui s’immisce dans le cœur des gens et les rassure.

Ces paroles et leur sens profond ne feraient pas autant de bien sans les mélodies transcendantes des onze morceaux. Du début à la fin, la batterie et la guitare lient finement les paroles, c'est très propre, bien construit et émouvant. Mais surtout, le saxophone joué par Bowie lui-même rend certains morceaux exceptionnels, notamment Soul Love. L’album est une expérience surnaturelle entre mélancolie, force et puissance. On les trouve dans Moonage Daydream et son introduction déjantée. C'est un morceau totalement punk, qui contient et transmet la même énergie que Hang on to yourself et Suffragette City. Les instrumentalisations sont toujours progressives, d’abord simples puis complexes à mesure que les instruments ajoutent leurs sonorités.

Le dernier morceau, Rock’n’roll Suicide, synthétise tout ce concept. C’est sur ce morceau que Bowie « tua » Ziggy le 3 juillet 1973, au Hammersmith Odeon de Londres. C’est donc la fin de la fiction, une dernière performance artistique et un dernier message d’espoir. Le morceau commence par 13 secondes de guitare acoustique, puis Bowie pose sa voix douce comme un murmure ; la basse s’ajoute à 50 secondes tandis que sa voix devient plus puissante, le saxophone arrive, tous les instruments sont mobilisés, et au premier refrain, à 1 minute 40, tout éclate. La voix magnifique de Bowie monte dans des tons aigus et dit ce que chacun a besoin d’entendre, tout le temps : « No, love, you’re not alone. You’re watching yourself but you’re too unfair. » Un refrain d’une simplicité poignante, un soulagement transmis pendant 2 minutes 54. C’est sûrement le plus beau morceau de l’album, selon les sensibilités. Rock’n’roll Suicide est tout le romantisme de Bowie : les paroles d’espoir, la foi en une énergie collective, une mélodie progressive, et une voix toujours magnifique et pleine de confiance.

On comprend encore mieux tout ça en regardant le film-concert Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. C’est un documentaire de 90 minutes pénétrant les coulisses, la scène et le public lors du live de Bowie à Londres le 3 juillet 1973. Il y chante notamment My death, une reprise de la chanson La mort de Jacques Brel.

Pour comprendre les fans de David Bowie, il faut connaître Ziggy Stardust mais aussi de nombreux autres, et je vous en parlerai.

David Bowie - The rise and fall of Ziggy Stardust (1972)

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog